Séance Plénière : Co-Développement et Mobilité des compétences
En organisant la 17ème édition de son Forum sur le thème du Networking, l'ATUGE affiche clairement sa vocation de réseau agissant et entreprenant, au service d'une Tunisie plus que jamais au cœur de l'échiquier de l'économie mondialisée.
Un des moments forts de la journée de Paris, fut la séance plénière, qui a réuni M. Jean-Pierre Sueur, ancien Ministre, sénateur et Président du Groupe France Tunisie, M. Christian de Boissieu, Président du Conseil d'Analyse Economique et Président du cercle d'amitié Franco-tunisien,, M. Sofienne Ouinniche, Country Manager à Manpower Tunisie, et M. Pascal Morand, Directeur Général de l'ESCP-EAP, et hôte du Forum ATUGE dans son édition parisienne, sous une présidence de séance assurée par M. Mondher Khanfir, DG de MKC Consulting et ancien Président de l'ATUGE.
M. Khanfir a commencé par cadrer le débat en demandant une clarification du concept de co-développement et de ses enjeux en dépassant l'angle réducteur, matérialisé par les transferts monétaires individuels des migrants vers leur pays d'origine. Les intervenants ont été invités à réagir sur le fait que le co-développement ne dispose pas à l'heure actuelle d'indicateur économique précis et objectif. Comment se construit le co-développement et quels liens avec la mobilité des compétences, qui est largement reconnue comme vecteur de développement, en particulier dans le contexte actuel de mondialisation. Et enfin, quels sont les projets institutionnels de co-développement entre la France et la Tunisie ? Peut-on en espérer une logique plus solidaire et plus équitable, pour aller vers une plus grande liberté de mouvement et une mobilité de l'intelligence au service d'une co-prospérité ?
L'intervention de M. Sueur a permis de préciser le rôle du groupe France Tunisie au Sénat, qui regroupe 47 sénateurs, tous passionnés par la Tunisie et engagés en faveur d'une dynamique de co-développement durable. M. Sueur a souligné le rôle des réseaux d'amitié dans la promotion des échanges entre la France et la Tunisie, et a insisté sur la vision de co-développement symétrique. Il a en outre indiqué que les grands projets mobilisateurs contribuent au co-développement, surtout s'ils sont accompagnés d'une mobilité facilitée des compétences. Il regrette toutefois, les embûches posées aux jeunes tunisiens pour l'octroi de visas étudiants. M. Sueur a aussi évoqué le projet d'Union pour la Méditerranée, et de faire le parallèle entre la construction de l'Europe, qui s'est faite autour d'une alliance sur l'acier et le charbon. L'Union pour la Méditerranée aura, selon lui, à se construire autour de projets concrets, comme l'Eau et l'Energie a-t-il affirmé.
M. de Boissieu a, quant à lui, confirmé qu'il y a bien un lien entre co-développement et mobilité des compétences. Il a même précisé que derrière la notion de Mobilité, il y a des notions de mobilisation et de motivation. Le co-développement est avant tout une conviction d'une communauté de destin. Il a par ailleurs souligné la difficulté de mesurer objectivement le co-développement, qui se construit selon lui, aussi bien au niveau macro que micro économique. M. de Boissieu a enfin précisé que la France et la Tunisie ont d'énormes possibilités de renforcement mutuel de la compétitivité de leur système d'Education et de Recherche scientifique, afin de mieux affronter les défis posés par la nouvelle économie basée sur le savoir. M. de Boissieu a indiqué qu'il a été parmi les premiers à reconnaître l'essoufflement du processus de Barcelone, et d'insisté sur le fait que le projet d'Union pour la Méditerranée est la dernière chance pour les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée, pour construire un espace commun de paix et de prospérité. Il s'est réjoui du fait que la Tunisie et la France, on l'air d'être en phase sur ce projet, qui nécessite forcément la formulation d'une stratégie conjointe entre le Sud et Nord pour s'inscrire dans une logique de co-développement durable, éthique et éco responsable.
M. Sofienne Ouinniche, Country Manager, Manpower Tunisie, en tant qu'opérateur de la Mobilité des compétences, a indiqué que les récents accords entre la Tunisie et la France représentent un progrès social important, et que les tunisiens doivent comprendre que les enjeux sont symétriques et que les besoins en compétences en Tunisie dépassent largement l'offre purement tunisienne. La Tunisie est entrain de libéraliser son marché de l'emploi, pour le plus grand bonheur des entreprises basées en Tunisie.
M. Pascal Morand, de conclure que la fragmentation de la chaîne de valeur, rendue possible par les nouvelles technologies, ouvre des perspectives nouvelles à des pays comme la Tunisie. D'une dépendance stricte de la politique d'achats des donneurs d'ordre, la Tunisie est entrain de se hisser à une position de co-traitant grâce entre autre à la Mobilité des Compétences et même des Entreprises.
Ce que fait l'ESCP-EAP en soutenant l'accueil d'étudiants étrangers, et en ouvrant grand ses portes aux associations telles que l'ATUGE, s'inscrit dans une vision long terme du co-développement.