FORUM
ATUGE, 12ème édition
"L'entreprenariat de l'innovation"
Synthèse
et conclusion des tables rondes
Les tables rondes
organisées lors du Forum Atuge 2003 ont été
une belle réussite. Elles ont réuni des promoteurs
de projets, des décideurs, des institutionnels, des investisseurs,
des experts … tous ensemble pour débattre d’un
sujet capital pour notre économie, à l’orée
du XXI° siècle marqué par la mondialisation et
la compétition économique, à savoir l’entreprenariat
de l’innovation.
Plus de 300 personnes,
dont un grand nombre de tunisiens expatriés, ont suivi les
débats qui ont porté sur le processus de l’innovation
et sur la manière de stimuler les initiatives et accompagner
les créateurs d’une part, et sur la cadre incitatif
de la création d’entreprises innovantes en Tunisie
et sur la manière d’en améliorer l’efficacité
d’autre part.
Des animateurs de
talent, rompus à l’art de l’animation et de la
communication, à savoir M. Slim Zeghal, DG de Cérès
DDB Tunisie pour la première séance, et M.
Jilani Ben M’Barek, Président de la CCI Tunis et de
l’ASCAME pour la seconde séance, ont canalisé
les débats par un jeu de questions / réponses dont
nous en tirons un certain nombre de recommandations et de points
de repères pour des réflexions et actions futures.
| Première
table ronde : |
Le
cadre incitatif pour la création d'entreprises innovantes
: comment en améliorer l'efficacité ? |
-
Pour M.
Alaya Bettaïeb, DG de SODICAB, le ‘capital
risqueur’ se doit de se focaliser sur les créations
à fortes valeurs ajoutées plutôt que sur
les extensions.
Conscient de
la cause d’échec principale des projets, à
savoir le « Management », M. Alaya Bettaïeb
a indiqué que la stratégie de la SODICAB consiste
à promouvoir aussi bien les nouveaux projets qu’une
nouvelle génération de promoteurs aptes à
relever les nouveaux défis de l’entreprenariat
et de l’innovation.
Les difficultés
de mise en œuvre de cette stratégie sont essentiellement
dues au manque d’idée, au manque de promoteurs,
au manque de marché, au manque de financement et au manque
de compétences en gestion de projet.
M. Alaya Bettaïeb
a donné un bref aperçu sur les avantages de s’adosser
à une SICAR, qui au-delà d’un soutien financier
fournit de l’accompagnement et de la veille stratégique.
Il a enfin rappelé les dispositifs d’encouragement
de l’innovation technologique tel que fonds VRR –valorisation
des résultats de recherches- et le fonds PIRD –prime
d’incitation à la R&D- constitue une enveloppe
globale de 7 MDT. Mais Ces fonds qui existent depuis une dizaine
d'années, n'auraient profité qu'à 34 chercheurs
et 55 entreprises.
De même le FITI – fonds d’incitation à
l’innovation dans les TI - qui passe de 200 kDT à
500 kDT, de création plus récente, n'est pas encore
réellement utilisé.
-
L’intervention
de Mme Chafika Chamas, Administateur de CCM Consulting
Group et Fondatrice de MBA (Mediterranean Business
Association), était plus axée sur la culture de
l’innovation. Elle a exposé la nécessité
de compléter le dispositif de formation initiale afin
qu’il puisse développer une nouvelle vision stratégique
et l’esprit d’entreprise.
Elle a en outre apporté un éclairage sur le processus
d’incubation des projets innovants, et dans quelle mesure
les structures de types incubateurs et pépinières,
dont elle a défini les domaines d'intervention respectifs,
peuvent apporter une valeur ajoutée réelle pour
les promoteurs.
-
M.
André Jaunay, Co-Président et Fondateur
de l’association France Angels, a, quant à lui,
indiqué que la phase d’amorçage doit être
assorti d’un soutien financier pour permettre la cristallisation
rapide du projet et la prise en compte des nécessités
d’accompagnement.
M. André Jaunay a présenté le rôle
de son association, qui réunit des intervenants et investisseurs
qui font l’intermédiation. Il a insisté
sur la nécessité d’un appui financier aux
porteurs de projets en phase d’amorçage, et l’intérêt
de cette démarche dans le développement économique
local. Il a abordé l’approche « multi-outils
». Il a lui-même crée des outils nouveaux
en France en s’inspirant de l’expérience
anglo-saxonne en la matière.
Il a indiqué en outre, que dans le domaine de la création
d’entreprises, il y a des invariants qui fonctionnent
à priori partout, et qui contribuent à renforcer
les effets réseaux et la sensibilisation à l’économie
et à l’entreprise. Le rôle d’un développeur
économique est de repérer ces modèles et
de les lancer.
Il a conclu qu’il était prêt à collaborer
avec une structure tunisienne pour lancer un réseau de
Business Angels.
-
Par ailleurs,
M. Khaled Ben Jilani, Chargé d’affaires
à Tuninvest Finance Group, a indiqué
en quoi consiste l’accompagnement des entreprises par
un investisseur institutionnel et il a rappelé le rôle
du Capital Risqueur dans les projets innovants. Il doit permettre
l’accélération de la phase amorçage
–là où les risques sont les plus grands-,
de s’impliquer dans la stratégie d’entreprise,
de coacher et accompagner les promoteurs et de réfléchir
sur les moyens d’améliorer la rentabilité
des investissements.
M. Khaled Ben Jilani a
exposé brièvement le principe du portage financier.
Il a indiqué que la sortie naturelle d’un investisseur
était la Bourse. Malheureusement, avec la crise boursière
(mondiale) la Bourse ne joue plus son rôle correctement.
Les débats
qui ont suivi cette première séance ont essentiellement
porté sur la confusion dans les rôles entre SICAR et
banques, les clauses de sortie du capital pour une SICAR et l’écart
qui subsiste entre les intentions et la réalité en
matière d’incubation et d’hébergement
de projets innovants.
L’ensemble
des intervenants a bien fait allusion au difficile contexte actuel,
notamment le ralentissement économique mondial, les crises
de confiance dans les places boursières et l’implosion
de la bulle Internet. Ceci a altéré la politique d’investissement.
Ce qui nous
amène à un premier constat: les défis auxquels
notre économie est confrontée, et que nous devons
relever tous ensemble, nécessitent de changer de stratégie
dans le financement des projets innovants et les méthodes
d’accompagnement des promoteurs.
| Deuxième
table ronde : |
De
l'idée au projet innovant : comment mieux stimuler
les initiatives et accompagner les créateurs ? |
La seconde table
ronde a été ouverte par M. Jilani Ben M’Barek,
Président de séance, et qui a profité pour
annoncer en avant première un projet de loi portant sur la
création de SICAD afin de différencier les sociétés
de Capital Risque des sociétés de Capital Développement.
Ce projet serait sur le point d’être amendé par
la Chambre des Députés.
M. Jilani Ben M’Barek
a ensuite présenté les intervenants de la seconde
table ronde avant de leur donner tour à tour la parole.
- M. Taoufik CHAABANE,
Consultant et Expert International a axé son intervention
sur le lien qui existe entre la culture sociale, les valeurs
véhiculées par le Système Educationnel
et la promotion / développement de l'esprit d’entreprenariat.
Il a indiqué que
pour sa génération, les jeunes diplômés
des grandes écoles aspiraient à intégrer
la fonction publique ou de grandes entreprises structurées
privées ou étatiques locales ou internationales.
Ils ont tous réussi brillamment leurs carrières
mais très rares parmi eux ont créé leur
propre entreprises…les créateurs d'entreprises
des années 70 et 80 avaient pour leur majorité
un tout autre profil. De plus, de nos jours la création
d'entreprises innovantes par les jeunes diplômés
n'est pas encore considérée comme un des critères
d'évaluation des performances du système universitaire.
C'est aussi cette culture régnante pas assez favorable
à l'entreprenariat qui expliquerait l'esprit tatillon
et conservateur de nos banquiers et autres intervenants institutionnels
dans l'application des textes et le traitement des requêtes
des entrepreneurs.
Aussi propose-t- il d'introduire l'enseignement de l'entreprenariat
comme module obligatoire au niveau de l'enseignement supérieur
et de sensibiliser les élèves du secondaire sur
la création, l'organisation et l'économie d'entreprise.
Mais la promotion devrait d'après lui commencer dès
l'école de base en valorisant l'image des créateurs
d'entreprises innovantes, en présentant les "success
stories" de certains grands entrepreneurs tunisiens comme
des héros des temps modernes, vecteurs de changement,
créateurs de la valeur, garants de la croissance et de
l'emploi…Faisons en sorte, a-t-il dit, que l'entrepreneur
innovant soit dans l'imaginaire de nos jeunes un modèle
et un repère et que son statut social soit un objectif
et un idéal.
- Ensuite, M. Tahar Ben
Lakhdar, Promoteur et DG de l’Université ESPRIT
nous a fait part de son témoignage sur le parcours du
promoteur, et les incitations concrètes dont il a bénéficié
pour lancer son projet d’enseignement supérieur.
- M. Mohamed Jaoua, enseignant
et chercheur à l’ENIT, a, quant à
lui, démontré que la recherche scientifique avait
un sens en Tunisie (plus de 110 laboratoires de recherches au
total).
Il a fait remarqué que la recherche ne fonctionne pas
sur le même tempo que l’innovation. D’après
M. Mohamed Jaoua, la recherche vise l’accroissement des
connaissances sur le moyen et long terme.
Quant à l’innovation, elle vise la croissance économique
et le développement des compétences et de la valeur
à plus court terme.
M. Mohamed Jaoua a indiqué
quelques expériences réussies dans la recherche
en Tunisie.
Il a signalé que le fonds PIRD demeure un dispositif
intéressant pour assurer le trait d’union entre
industriels et recherche, mais les problèmes de mise
en œuvre sont à dépasser. Les chaînons
du partenariat Universités/Entreprises existent. Mais
il faudrait trouver le moyen de les relier par des interfaces
appropriées.
- Par ailleurs, M. Négib
Bouraoui, représentant la FIPA, a dressé
un tableau global de la promotion de l’investissement
direct étranger en Tunisie et du cadre macro-économique
idéal qui fait de la Tunisie une destination de choix
pour les projets innovants. M. Négib Bouraoui a réitéré
la disponibilité de la FIPA pour accompagner les porteurs
de projets expatriés à investir en Tunisie.
Rajoutons que l’ATUGE
est prête en retour à coopérer avec la FIPA
pour promouvoir d’une manière structurée
le site Tunisie en tant que destination pour les IDE.
- M. Sami Zaoui, Consultant
Associé à Ernst & Young, est revenu
sur la définition de l’innovation d’après
l’UE ; production, assimilation et exploitation avec succès
de la nouveauté dans le domaine économique et
social. Donc, l'innovation peut porter sur des produits, des
procédés de fabrication, des modes de distribution…etc.
M. Sami Zaoui a indiqué que la protection juridique existe
en Tunisie et porte sur les brevets d'invention, sur les marques,
que ce soit les marques de commerce, de fabrique ou de services
(évolution récente - 2001- de la législation
ayant permis d'inclure les marques de services). Il a estimé
que le dispositif de protection est satisfaisant, et qu’il
sera renforcé par le PMI –Plan de Modernisation
Industrielle-
Le deuxième aspect
de l’intervention de M. Sami Zaoui, a porté sur
les incitations à l’investissement. Le code d'incitations
aux investissements encourage l’investissement dans des
secteurs dits prioritaires (maîtrise de l’énergie,
énergies renouvelables, recherche et développement)
et comporte des dispositifs d’incitations sous forme de
déductions fiscales et de primes d'investissements. Par
ailleurs, le dispositif d’incitation est renforcé
par l’intervention du Foprodi, dont la mise en œuvre
s’opère via les SICAR pour les investissements
en capital. Les mécanismes d’octroi des incitations
souffrent toutefois d’un manque de célérité,
qui est préjudiciable à leur efficacité.
Ceci nous
amène à un second constat: Il existe en Tunisie un
certain nombre de dispositifs d’incitations à l’entreprenariat.
Il existe aussi un dispositif d’organisation de la Recherche
Scientifique.
Néanmoins, il subsiste un besoin de cohérence et de
cohésion entre les divers intervenants, notamment via la
mise en place ou/et le développement d'interfaces aptes à
favoriser un partenariat plus structuré et plus fort entre
le Public et le Privé, entre le Monde académique et
l'Entreprise.
En guise de synthèse
et conclusion des tables rondes, M. Mondher Khanfir, DG
de MKC Consulting Group et Président de l’ATUGE Tunisie
a récapitulé, en présence de Monsieur Le Ministre
de l’Emploi, M. Chedly Laaroussi, les idées clés
retenues et qui constitueraient la base des actions futures de l’Atuge,
notamment à travers le Club Atuge Entrepreneurs,
dont l’annonce de son lancement a été faite
à l’ouverture du Forum.
Il a ainsi rappelé que pour promouvoir l’entreprenariat
et l’innovation il faudrait agir simultanément sur
le processus et sur l’environnement de la création
d’entreprises innovantes. Cela passe par un renforcement du
partenariat Public/Privé mais aussi Public/Privé/Tissu
Associatif.
Les idées ont besoin d’un terrain favorable (culture,
structure, moyen, ….) pour devenir des projets réalisables.
D’où la nécessité d’une démarche
structurée, d’outils et de méthodes d’identification,
d’évaluation et de développement des projets
porteurs.
Les difficultés
structurelles qui subsistent concernent notamment la mise en route
du FOPRODI. Le délai de déblocage des fonds, et d’une
manière générale des procédures administratives,
est incompatible avec les exigences des projets innovants, où
le facteur temps –le time to market- constitue un des éléments
critiques du succès.
L’expérience tunisienne étant encore récente,
nous sommes encore dans une phase transitoire où il faut
aussi apprendre à accepter l’échec –pas
en tant que sentence définitive- mais comme étape
dans le processus d’apprentissage.
M. Mondher Khanfir
a indiqué qu’au-delà des idées, c’est
d’une nouvelle génération d’entrepreneurs
dont la Tunisie a besoin. Plus que jamais, la réussite pérenne
ne peut être que collective. Et elle nécessité
une nouvelle vision et une nouvelle logique relationnelle, notamment
à travers les alliances stratégiques et le travail
en réseau. L’ATUGE continuera à travailler dans
ce sens et lance un appel à tous ceux qui souhaitent intégrer
son cercle de réflexion via le Club Atuge Entrepeneurs.
La clôture par Monsieur Le Ministre de l’Emploi,
M. Chedly Laaroussi, a porté sur la politique générale
de la Tunisie en matière d’emploi, et notamment en
matière d’incitation à la création d’entreprises
innovantes par les élites tunisiennes. Il a indiqué
que la Tunisie a toujours cru en la qualité de ses ressources
humaines –sa principale richesse- et il a réitéré
sa fierté de voir le dynamisme des tunisiens des grandes
écoles et a donné ses encouragements pour que de tels
espaces de rencontre avec les tunisiens expatriées se multiplient.
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